Mardi 22 mai 2012
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Le Texas n’est pas que la patrie des Ewing et de George W. Bush, c’est aussi dans cet état qu’est né Wes Anderson. Et franchement, rien dans son cinéma ne le laisse deviner. Adepte d’un chic très
européen et raconteur d’histoires gentiment décalées, Anderson construit son œuvre à coup de films sensibles et délicats. Des films à l’esthétisme raffiné et au ton doux-amer qui ne permet jamais
au spectateur de se sentir complètement à l’aise devant l’écran, ne sachant pas s’il est face à une comédie ou face à un drame. Un état de fait entièrement revendiqué par Wes Anderson qui avoue
connaître de grands moments de joie mais aussi de profondes tristesses dans sa vie. Et globalement, c’est entre les deux qu’il passe la majeure partie de son existence. Ses films sont donc le
parfait reflet de cet entre-deux.
Après avoir conquis sa base de fans avec des films tels que RUSHMORE, LA FAMILLE TENENBAUM ou encore LA VIE AQUATIQUE, Anderson a fait un
premier pas vers le grand public avec A BORD DU DARJEELING LIMITED. Son nouvel opus, MOONRISE KINGDOM, sorte de best of de l’univers du réalisateur, pourrait
bien lui assurer la même reconnaissance qu’à sa sœur de cinéma, Sofia Coppola.
A travers l’histoire de ces deux enfants qui ont décidé de s’aimer loin du monde incompréhensif des adultes, Anderson convoque toutes ses lubies. Formelles, d’abord. Chaque plan est millimétré et
semble composé par un architecte génial. Et toujours ces traveling magiques à l'intérieur des décors... Chez Anderson, tout est histoire de symétrie, comme pour mieux souligner le déséquilibre de
ses personnages. Le souci du détail est poussé à son paroxysme pour un résultat d’une beauté à tomber par terre, mais sans rien d’ostentatoire. On appelle cela de l’élégance. Au niveau du
scénario, enfin. Linéaire, l’histoire ne prend aucun détour inutile et ne cherche pas à perdre son spectateur en route. Porté par un casting de gueules toutes plus parfaites les unes que les
autres, le récit suit son cours au rythme de la vie, avant de s’accélérer dans le dernier quart. On retrouve les fidèles Bill Murray et Jason Schwartzman, dans des rôles réduits mais gratifiants.
Les nouveaux venus chez Anderson, Willis, Swinton, McDormand ou Norton, prennent un plaisir évident devant la caméra. Quant aux jeunes Jared Gilman et Kara Hayward, ils forment un couple de
jeunes amoureux dont on ne se lasse pas de suivre les émois.
Contrairement à LA VIE AQUATIQUE qui donnait l’impression de ne jamais savoir sur quel pied danser, MOONRISE KINGDOM choisit la légèreté. Chez Anderson, l’humour
est raffiné mais bel et bien présent. Notamment à travers un camp scout digne des Castors Juniors. L’évocation, toute en tendresse et couleurs délavées, des 60’s ajoute à ce décalage constant.
Signe qu’Anderson filme un peu en dehors du temps.Ainsi, la parenthèse que s'offrent les deux tourtereaux sur une plage, sur une chanson de Françoise Hardy, restera un moment magique.
Réalisateur atypique et attachant, Wes Anderson signe un film somme au charme diffus. Le plus difficile avec lui, c’est de se dire qu’il va falloir attendre quelques années avant le prochain.