Autant le dire tout de suite, il y a de fortes chances que
ce film soit un monument d’ennui pour beaucoup. Mais si vous parvenez à passer la (répétitive) séquence d’ouverture, alors vous allez adorer. Reine du plan fixe, Sofia Coppola livre un film
qu’elle seule pouvait rendre captivant. Car il faut parfois s’accrocher pour s’intéresser au vide existentiel qu’est la vie de Johnny Marco, star hollywoodienne entre deux films. Marco est une
coquille vide, un être désincarné qui attend qu’un scénariste lui dise qui incarner. Alors, pour tuer le temps Marco roule en Ferrari, hante les couloirs du Château Marmont, s’endort en regardant
des jumelles lui faire un numéro de lap dance, traverse des fêtes comme un fantôme et va où son attachée de presse lui dit d’aller. Marco n’est pas un mauvais bougre, il n’a même pas de
caprices de star. Il s’est juste perdu en route. Surtout, il est incarné par un Stephen Dorff parfait en poster boy perdu. Et quand il se met à sourire, c’est toute l’innocence du Johnny disparu
qui revient à la surface. Son errance immobile, souvent muette, est magnifiée par Sofia Coppola, là où de nombreux autres se seraient cassé les dents. Avec une science du cadre qui lui évite de
bouger sa caméra (permettant ainsi à la vie de s’immiscer dans le cadre), Coppola étire les situations au-delà du raisonnable, sans jamais rompre le fragile équilibre entre grâce et ennui.
Marco retrouve trace de lui-même lorsque sa fille Cleo (lumineuse Elle Fanning) vient partager quelques jours de son existence. Johnny sait alors pourquoi il doit se sortir de son lit. Mais la communication ne se fait pas si facilement. Ainsi, c’est dans le brouhaha des pales d’un hélicoptère qu’il se livrera à sa fille, sans que celle-ci ne puisse l’entendre. Et un de leur plus grand moment de complicité sera au fond d’une piscine. Une scène magique (comme celle de la patinoire) comme Sofia Coppola en a le secret. Quelque part, la destinée de Johnny Marco fait penser à celle du personnage joué par Bill Murray dans Lost in Translation, les deux films ayant un net air de parenté. Une chose est sûre, l’ennuie n’a jamais été aussi cinégénique que devant la caméra de la princesse Coppola. 2011 commence très fort.